Little Sister

 

Contrairement à ce que le romantisme apparent de la couverture semble indiquer, c'est du djihad et de l'embrigadement des jeunes dont il est question dans ce nouveau roman de Benoît Séverac.

 

Un sujet qui, par son actualité, éveille la curiosité et m'a poussée à lire ce roman, d'une seule traite.  Que va dire Benoît Séverac aux adolescents sur ce sujet douloureux? Car, chez lui, il y a toujours incitation à la réflexion, à l'humanisme et à la tolérance.

Voilà qui promet d'être intéressant.

 

Little Sister, comme l'indique son titre, n'est pas l'histoire d'un jeune homme parti faire le djihad. C'est une histoire de petite soeur. Une héroïne à laquelle un adolescent peut s'identifier.

Depuis 4 ans, Lena est sans nouvelles de son frère, après avoir appris par les médias qu'il faisait partie d'un groupe terroriste islamique, alors que sa famille le croyait en stage en Angleterre.
Personne n'avait rien vu venir, jusqu'à ce jour de 2012 où, à la une des informations, figurait le visage d'Ivan, parmi un groupe de terroristes revendiquant la décapitation d'un journaliste français.

 

Qu'est-ce qui peut pousser un adolescent à s'enrôler? Est-ce une mauvaise éducation, un manque de repères dans une société matérialiste, un laisser-aller général?

 

L'auteur ne tente pas d'expliquer les raisons qui poussent un jeune français catholique à devenir un islamiste extrémiste. Ce faisant, il laisse le lecteur libre de se la poser, et d'y apporter ses propres réponses. En revanche, c'est à la famille qu'il s'intéresse en premier lieu, à ceux que les jeunes djihadistes laissent définitivement derrière eux, enterrant leur éducation et leurs anciennes valeurs.

 

Comment survivre à une telle révélation? Comment concilier l'inconciliable, l'amour inconditionnel pour un frère avec lequel on a grandi, et le dégoût pour l'inconnu qu'il est devenu, sans que l'on n'ait rien vu venir? Comment vivre avec le regard des autres, les questions et les accusations muettes? 

 

Benoît Séverac est Toulousain, et beaucoup de ses romans ont lieu dans le Sud-Ouest. Il est auteur de polars également, dont le dernier, Le chien Arabe, a lieu dans le quartier des Izards, au Nord de Toulouse. En suivant ce lien, vous pourrez accéder à ses réponses à 4 questions sur Little Sister.

 

Le roman se passe entre Toulouse, ville marquée par des événements terroristes notamment en 2012 et Cadaquès, ravissant port de pêche catalan connu pour ses paysages de cartes postales et pour avoir été le lieu de résidence de nombreux artistes, dont Dali.  Etant Toulousaine, j'ai beaucoup apprécié les précisions géographiques sur Toulouse et son métro, qui rajoutent du réalisme au récit.

 

Lena se rend à Cadaquès, chez son oncle et sa tante, sans révéler à personne la véritable raison de sa venue : elle doit y retrouver son frère qui, après quatre ans, a trouvé le moyen de prendre contact avec elle pour fixer un rendez-vous.

 

Sera-t-il toujours le même? Sera-t-il son frère, ou un terrible terroriste? Que lui veut-il?
Pleine d'espoir, de doutes et de naïveté, Lena en est convaincue : elle ne peut rater cette occasion de revoir son frère et, peut-être, d'obtenir une explication ...

 

Partant au départ sur un tempo assez calme, le rythme du roman décolle et prend une tournure d'aventure haletante et de roman policier sur le dernier tiers du roman. Je m'attendais à de l'action, à un revirement de situation, mais je ne pensais pas que le scénario irait aussi loin.

 A partir de là, je n'ai pas réussi à lâcher ce roman jusqu'à la dernière ligne, tant le suspense est prenant. Impossible de lever les yeux ou de faire autre chose ! J'étais scotchée.

 

Pour finir, j'ai trouvé le contenu de ce roman un peu léger par rapport à ce que le sujet semblait nous promettre. Mais d'une certaine façon, cela peut aussi être considéré comme un atout : l'auteur parvient à parler de l'embrigadement tout en conservant une certaine légèreté, sans perdre les publics les moins lecteurs. Car il est aussi question de bien d'autres choses dans ce roman, et notamment d'amour, et d'engagement politique. J'ai d'ailleurs été touchée par la justesse des mots et des descriptions de la naissance du sentiment amoureux, du trouble qu'apportent les premiers désirs adolescents.

 

Ce roman est vraiment un très bon point de départ pour initier une discussion sur ce sujet avec des adolescents. J'aimerais beaucoup participer à une discussion autour de ce livre entre des adolescents et Benoît Séverac.

Pour l'avoir rencontré très récemment dans le cadre de mon travail, je peux affirmer que c'est un homme charmant, très à l'aise avec les adolescents. J'ai pu assister à une discussion à bâtons rompus avec une classe de 3ème qui avait lu L'homme-qui-dessine, un polar prenant pour décor les pyrénées lors de la préhistoire.Les échanges furent vifs et les débats, passionnants !
Si vous avez l'occasion de le croiser, n'hésitez pas une seconde. 

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